Poétesse
indécise, elle ausculte ses quatrains
cette strophe lui semble t-il s'amuse
et ces vers dont le regard se baisse sont sans entrain
cette poésie là fait rougir sa muse
ses vers reposent sous des quatrains ombragés
les phrases silencieuses méprisent la rime
la prose installe sa morgue déphasée
et mon tout est sans conteste une ruine
la poétesse, de rage, insulte sa famille
en premier les vers réagissent
ils hèlent les mots qui dînaient en ville
la muse effarée en oublie son rôle de muette
enfin ! la poésie clama son innocence
HOMERE sortit de sa tombe érudite
lut ce poème en grande instance
par la "vox populi" la scène fut publique
Feuille Eparse
Feuille dentelle, reflet d'ambre qui danse
Accostée par le vide, désordre factuel
Timide révérence aux saisons en transes
Dans un soir paisible elle outre sa cadence
Elle descend les meurtrissures du temps
Sans se presser elle défroisse sa robe usée
Elle est en retard, cette petite feuille, sur l'horaire d'été
Déjà ses compagnes ont rejoint la galaxie du vent
Elle s'étourdit un peu, happée par la course
Elle étanche sa soif d'une goutte de pluie
Elle observe les étoiles qui se vêtent de tulle orangée
La nuit la presse de rejoindre la source
Le pavé où gisent les feuilles délaissées
Mais la petite chose a décidé de se réincarner
Elle supplie une branche de la réintégrer
Dans l'arbre chevelu, la branche dans ses bras la prit
Et berça sa destinée
Epilogue :
Jamais plus la petite feuille ne tombera
Elle est à présent la doyenne de l'arbre chevelu
Le bal des envieux
Le soir vint me porter une missive
Fébrile, je lus l'en-tête du bal des envieux
On me conviait à une nuit folle aux rites sourcilleux
Sur une note d'oubli dans l'ombre je me glisse
Eblouie par une lumière distillée en apnée
Des regards verts me toisèrent, ébauche de maux
Je fus saluée, jalousée, sur un escabeau oubliée
Les heures serinées à l'horloge emphatique
Me virent valser au son d'un tango
On s'esclaffa, je récidivai opiniâtre et désoeuvrée
Pitié ou confusion on m'invita sur un air désabusé
Nous fîmes cohésion, l'orchestre sidéré se mit au trot
Le bal des envieux marqua ma destinée
Le monde s'éprit de moi, épique marivaudage
Un carton égaré, mon esprit hantant les parages
L'erreur fut occultée et tous les ans habilement rééditée
Carnaval
Equinoxe de rondes, entrelacs, filles sans joie grimées
Carnaval songeur apocryphe, apôtre des menteurs
Grimace des ombres, hymnes aux accents séducteurs
Retour au paganisme, épisodes effrénés
Indécence des mours ébréchées, sonate débridée
Valsez, folles dentelles, jupons aux airs tentants
Marquise aux yeux de page, songez à l'intention
D'assumer le naufrage d'un galant énamouré
Carnaval, vieux, sans âge, épique passion
Encercle les rives sacrées des vierges stupides
Caresse la veuve frigide, veille l'émotion
D'un amour doucereux simulacre d'inconduite
Luxure et ivresse, rendez-vous au bistrot éphémère
La porte évince l'ébriété des sols gisants et insomniaques
L'aube en retrait guette les figurines d'hier
Retour fiévreux, bâillements de l'horloge asymétrique
