Complainte
Vous qui passez par le chemin,
ne regardez pas mon visage.
ne laissez pas vos pas
s'enfoncer dans les sillons humides
que creusèrent mes larmes,
et s'imprégner du sang
qui colore les cieux,
quand il n'est plus de nuit
pour me donner l'oubli !
ne cherchez pas la lumière
sur ces chemins profonds !
Ne cherchez pas d'itinéraires
au cour de ces creux solitaires !
Unique est celui qui alla
en perdant de sa main transpercée
ce qu'il cueillit d'amour
en mon cour ravagé.
Ce qu'il prit de semence,
où la flèche ouvrit une brèche !
Détournez vos regards
de l'exil qui est mien
et qui n'a pas de nom !
nul ne mettra ses pas dans les miens,
nul ne reconnaîtra l'empreinte des siens,
car solitaire et désolée
je m'en fus.
même s'il n'est pas de frontière,
même s'il n'est pas de barrière,
restez au seuil de ma désolation,
ne chantez pas pour ma consolation !
En passant, lorsque vous reviendrez,
ne cherchez pas si je m'en suis allée.
N'engagez pas vos pas sur les sillons humides
ne cherchez pas à faire une moisson
des roses rouges à la tête penchée !
n'étendez pas vos mains
pour briser cette tige !
Ne cherchez pas encor'
à graver cette histoire
que raconte le vent
en agitant les feuilles,
je reviendrai pour faire cette moisson
mais ne m'attendez pas !
je reviendrai dans une nuit sans lune
et seule vous entendrez
une complainte morte,
au seuil d'un automne saignant
sur des feuilles jaunies.
Et si vous méditez en oubliant le temps
sur le mystère des sillons refermés,
si vous tendez vos mains
vers l'Aube qui blanchit,
accueillez de ma vie
la rouge partition !
Regardez, mais ne convoitez pas !
laissez-y reposer les notes de cristal.
Si vous les convoitiez
vous fermeriez vos cours
à cette symphonie
qui guidera vos pas
vers ce temple béni
où repose ma vie
près d'un lac de sang,
où dansent
sous la voûte sans nuit
des nymphes rouges
laissant par de profondes blessures
filtrer les feux d'Amour
d'une Aurore éternelle !
(derniers cris de ma plume en 1990, retour d'exil)
Mariam Jacob
Rêve d'enfant
L'enfant sur son séant,
chevauche les nuages
comme des alezans
aux crinières échevelées,
chargées de purs diamants de rosée
aux secrètes lueurs !
Il raconte aux étoiles
ses rêves du jour
tandis qu'un grand silence
berce cette mère, la Terre ,
et que rêve en pleurs cet Univers
en voyant ce fils d'homme
aux yeux émerveillés,
qui chante comme un dieu
sous les feux étonnés
des myriades étoilées !
Croiriez-vous qu'il ignore,
qu'existent des aurores
qui mettent fin aux rêves ?
Mais non ! les dieux-enfants
ont aussi ce pouvoir
de moissonner en leurs jeux inlassés
d'innocente insouciance,
ce pouvoir d'habiter
un monde d'authentiques rêves
où l'Amour est un Roi
qui exauce sans bruit
les voux de ces cours purs ...
et qui jamais ne meurt !
le même dont le feu
fait lever le soleil
pour que s'ouvre dès l'aube
les cours assoiffés des corolles diaprées,
qui arment la faiblesse
de ces coeurs "Innocents",
de la Toute-Puissance d'un Dieu
à l'Eternelle Enfance,
et qui l'a jamais vu,
sinon le "Fils" de son Amour ?
Lui, qui de ses Mains transpercées,
a déversé le Pardon
qu'attendaient les coeurs "purs" !
C'est l'unique nécessaire,
qui du haut de ce Bois,
brise toutes les chaînes,
Don de l' Amour sans repentance,
qui ne connaît d'obstacle
que notre liberté ,
d'une attente inlassée !
au-delà de nos guerres,
au-delà de nos haines,
au-delà des désastres,
au-delà des frontières
et des murs sans demains,
qui séparent des peuples !
Mais l'enfant, sur son séant
écoute les étoiles
qui disent que l'Amour
ignore comme lui
les guerres et les haines,
les désastres et les frontières,
les murs qui ferment les cours,
parce que cet Amour, comme lui,
croit que seuls existent
des chemins que la main
d'un Dieu-Enfant Éternel
a divinement tracés,
pour effacer les sentiers de l'ombre,
et nous mènent où les larmes
n'ont plus droit de cité ...!
et même si surviennent
d'autres Aurores neuves,
elles ne sont pas pour mettre fin
aux rêves des dieux-enfants !
Que sont donc joyeuses
ces mélopées d'étoiles bienheureuses
transcrites dans les cieux
par les mains des dieux-enfants !
pour transmettre aux humains,
les "grands" ... trop "grands",
ce qu'il faut de fraternité
pour ne jamais mourir.
A ceux qui n'ont rien appris
aux écoles de malheurs
que de leurs mains ils ont construites,
tout en dressant vers Dieu
la rage de leurs poings
désarmés ...!
Ah ! oui ! ce DIEU Innocent !
Mais pourtant, sachez-le bien :
si vous ne voulez boire
aux sources de La Vie ,
si vous n'ouvrez vos cours
à ces voix inspirées,
si vous ne devenez comme de petits enfants
vous pourrez inventer plus de brevets encor,
que Dieu n'a inventé de cieux insoupçonnés !
Jamais vous ne saurez
ce qu'il a déposé de sa magnificence,
et de divine essence,
au fond de la corbeille
que vous avez nommée :
SCIENCE ... !
Mariam Jacob
Ode à la nuit
La lune caressait les toits dans son silence,
tandis qu'elle traçait d'une invisible main,
du bout de ses rayons l'esquisse d'une danse,
et que l'enfant dormant se donnait au destin.
Tout dormait et pourtant la nuit dans une mante,
jetait jusques à Dieu nos voeux les plus secrets,
parcourant l'Univers dans une course ardente,
elle étirait aux cieux les cris de nos archets !
Ô nuit, en déroulant ta brune chevelure,
Viens caresser la cime de nos tendres bourgeons,
que ne gémissent plus nos sanglantes blessures,
et jette dans l'oubli toutes les trahisons !
Qui dira de tes chants les si douces paroles ?
Elles bercent en nos coeurs les secrètes douleurs,
comme les fleurs replient leurs fébriles corolles,
emportant à jamais la vie qui vient et meurt !
Ouvrez comme prières vos bénissantes paumes,
et répandez les pains en ce jour retenus !
Demain vous quêterez aux portes du Royaume !!
vous tous qui reposez en cette nuit, repus !
Vous avez traversé l'épaisseur du mystère,
vous qui avez lutté pour l'amour et le pain
Mais la nuit à jamais nous sera étrangère,
car rien n'est abondant que le coeur sur la main.
Étoiles, caressez de votre doux murmure
les ombres des vivants qui n'ont pas su aimer !
bercez leurs désespoirs et pansez les blessures,
Qu'au coeur du pur Amour ils sachent s'orienter !
Ô nuit, de nos attentes éveille les aurores !
Amie de mon labeur, viens avec moi offrir,
les premières lueurs jouant au sémaphore,
pour que naissent les voeux qui restent à bâtir !
Mariam Jacob
