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Poèmes de Crystal

Les mangeurs de soleil

Ils ont des visages, comme tous ceux
Qui rêvent de voyages et d'amour bleu,
Ils ont des visages, des rires, des jeux
Qui parlent de nuages, de vie, de feu;

Ils ont en plus de leur regard fier,
Le pouvoir d'aimer le vent et la mer;

Leur corps sont des bateaux voilés de noir
Qui suivent sans effort le vent du soir,
Leur corps sont des bateaux-mines d'espoir
Qui portent leurs larmes vers la victoire;

Ils ont perdu leur beau cœur de verre,
Loin de leur bonheur: loin de la terre;

Ton âme est un oiseau, comme tous ceux
Qui quittent les nuages le cœur heureux,
Ton âme est un oiseau, comme tous ceux
Qui s'envolent l'hiver pour des rivages bleus;

Tu as en plus de ton regard fier
Le pouvoir d'aimer le vent et la mer.

Ils ont perdu leur sang vermeil,
Ils sont les mangeurs de soleil.


Et la lumière fut

Un jour au vent des mers, une rose frissonna
Un jour au vent des mers, une rose gela,

Petite fleur, pourquoi ces larmes,
Petite fleur, pourquoi ces pleurs?

Un jour au vent d'hiver, une rose frissonna
Un jour au vent d'hiver, une rose s'éveilla,

Belle fleur, ne tremblez pas,
Belle fleur, regardez-moi!

Un jour au vent d'aimer, une rose frissonna
Un jour au vent d'aimer, une rose se leva,

Douce fleur, ne bougez pas,
Douce fleur, embrassez-moi.


A coeur perdu
(à défaut de sans coeur)

Elle te regardait;
De ses yeux désarmants, coulait une lumière, qui, si elle n'avait pas épousé le noir, aurait pu s'appeler joie;

Elle te regardait,
Et de ses mains de jeunesse oubliée, tombaient des gouttes d'amour, comme de rudes caresses;

Elle te regardait,
Et de son coeur tendu à crever les nuages, elle attendait de toi, on ne sait quel espoir, quel geste, quel devoir;

Elle te regardait;
Et de ses yeux d'opale mazoutée, désarmait en toi la méfiance et le mal d'aimer;

Elle te regardait,
Et de ses mains plus ridées que celles d'un enfant, te priait en un geste muet, d'imprimer en elle comme en un flan, le parfum de cet instant;

Elle te regardait,
Et de son cœur perdu à noyer tes épines, espérait de toi, je ne sais quel cri, quelle épreuve, quel chant;

Elle te regardait,
Et de ses yeux comme d'un ciel d'été, tombaient des étoiles...arc-en-ciel d'argent;

Elle te regardait,
Et dans ses mains de sang, brûlaient des perles noires de tristesse;

Elle te regardait,
Et de son coeur d'ivoire, te pardonnait en cet instant tout le bien qu'elle n'avait pas reçu;

Elle te regardait, oui,
Mais toi, homme de vent plus que de chair, tu n'as pu que la coucher, tiède et inconsciente, au bord de ta vie.

A-Mer

Un matin d'automne tu m'as montré ton corps
Et à mes yeux ravis s'est découvert ton or,
Un matin d'automne tu m'as montré tes rêves
Et mon cœur, pourtant vieux, s'est assis sur ta grève;

Un matin d'automne tu m'as montré ton âge
Et j'ai demeuré seul, noyé sur ton rivage;
Dans mes veines bleues, glissait ton rouge horizon,
Sous mes paupières coulait le vert de tes fonds,

Ce matin là, je t'ai aimée,
Mais...

Sur ta peau saline tombaient des perles douces,
Et ton visage bleu palissait sous l'écume
Que tes lèvres de nacre ouvertes dans la brume,
Laissaient échapper dans un souffle vert de mousse;

Une nuit d'automne ton humeur vagabonde,
M'entraîna pour un jour à la croisée des mondes,
Le vent te caressait, tu embrassais le ciel,
Et je dormais dans le creux de ton lit de sel;

Une nuit d'automne j'ai appris ton parfum,
La chaleur de ta peau, la courbe de tes reins,
La traître morsure de tes larmes de sang,
Et la douleur d'un amour rompu par le temps;

Cette nuit, je te trouvais belle,
Mais...

Sur ton visage blanc, sur ton vague corps bleu,
Roulaient les gouttes rouges de tendres adieux,
Moi, homme seul, debout parmi tes dunes,
J'admirais Votre amour et j'attendais la lune,

Fidèle alliée des cœurs aimant à l'infini,
Vers toi elle m'a conduit, doucement, sans bruit..

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